mercredi 1 janvier 2014

Sur l'individualisme

Réponse dans la postmodernité
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Individualisme

Référence Internet le lien ici :AdB - 2013-06-05 - Individualisme

extrait du documentaire  "Alain de Benoist - Réponses Dans La postmodernité" de Simone Olla et Jérôme Walter Gueguen

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Transcription :

"Quand on veut faire la généalogie de l'individualisme, on est contraint comme toujours de remonter assez haut, et évidemment cette généalogie est toujours très complexe. Mais inévitablement on tombe effectivement sur le christianisme... pourquoi ? 


L'OPPOSITION CHRÉTIENNE

Le christianisme se distingue des autres religions de l'antiquité européenne par beaucoup de caractéristiques, ce n'est pas une problématique  que je vais parler ici, j'en ai parlé dans différents livres. Mais un point très important est très important est évidement que, comme chacun le sait, le christianisme est une religion de salut et de salut individuel. 
Les anciennes religions européennes n'étaient pas des religions de salut, c'était des religions liées à une appartenance de peuple, une appartenance civique, et on participait au culte en même temps que l'on appartenait à une collectivité donnée. A Rome par exemple, on est bon citoyen par le fait même que l'on participe à la religion romaine.

Avec le christianisme c'est quelque chose de différent : c'est une religion de salut, et un salut qui se fait individuellement, on ne fait pas son salut collectivement, en groupe, avec sa famille, ses amis, on fait son salut en tant qu'individu, c'est à dire qu'on sera récompensé ou puni dans une vie future en fonction de ses qualités, de ses défauts, de ses actes purement individuels.
Et là il y a déjà quelque chose d'important parce que cela dissocie l'individu de la collectivité.

En toute rigueur dans l'antiquité l'individu n'existe pas. Il y a bien sûr ce que nous appellerions aujourd'hui une dimension individuelle ou personnelle de l'existence, - les gens ne vivent pas dans un monde de robots -, mais ils se définissent fondamentalement par des liens, liens sociaux, liens familiaux, acquis ou hérités... ils se définissent par des appartenances.
Du point de vue du christianisme, l'Homme se définit individuellement par sa capacité à faire son salut et par le fait qu'il est titulaire d'une âme, qui est une âme individuelle, cela de surcroît dans une perspective qui n'est plus liée à un peuple, mais à la famille humaine en général, donc dans une portée universelle, car lorsqu'il y a un dieu unique pour toute l'humanité, cela signifie que l'humanité forme une grande famille.

Donc il y a là une dissociation de l'individu par rapport au groupe qui est nettement marquée, qui va être d'autant plus forte dans les tous premiers siècles que le christianisme est alors en opposition à la religion païenne dominante là aussi, à Rome ou ailleurs bien entendu. Donc les chrétiens sont des gens qui s'opposent à l'ordre en place, qui ont la réputation d'être de mauvais citoyens parce qu'ils refusent de rendre un culte à l'empereur, et cette dissociation de l'individu et de la société, va être, de ce fait, encore plus marquée : l'individu peut faire son salut alors même qu'il n'est pas solidaire de l'idéologie de sa cité, qu'il n'est pas solidaire du reste de la collectivité.


SAINT AUGUSTIN

Les choses vont changer bien entendu dès lors que l'Empire va devenir chrétien et à ce moment là le christianisme ne va plus être le fait d'un groupe d'opposants, mais va devenir progressivement l'idéologie dominante, mais la scission elle demeure parce qu'elle a un fondement théologique. 

Il y a ensuite un auteur qui a joué un très grand rôle dans la genèse de l'individualisme, dans les sources chrétiennes de cet individualisme, c'est Saint Augustin. 
Saint Augustin, qui était un ancien manichéen, un ancien gnostique converti au christianisme a toujours conservé une manière de penser liée à ses premières croyances qui était une manière de pensée très dichotomique, très binaire : c'est toujours des oppositions, la "cité de Dieu", la "cité des Hommes" etc... 
Il est aussi celui qui a le plus contribué à formuler la théologie chrétienne du péché originel et il accentue cet individualisme en soulignant à plusieurs reprises, de manière très forte que c'est à travers le for intérieur, c'est à dire en lui même que l'Homme trouve la possibilité d'un contact et d'un dialogue avec Dieu. Donc il va demander à l'Homme de rentrer en lui même, ce qui est contradictoire par rapport à une démarche qui demandait à l'Homme autrefois de sortir de lui-même pour participer à son appartenance, à sa cité, aux dieux de son peuple et ainsi de suite.


DESCARTES

Après on arrive à la philosophie de Descartes qui est une philosophie qui va non seulement accentuer la désacralisation du monde, mais qui va également mettre le sujet pensant - "je pense donc je suis" - absolument au fondement de toute sa philosophie et avoir une immense postérité dans la philosophie occidentale.


LA SCOLASTIQUE NOMINALISTE

Un autre école qui a eu aussi beaucoup d'importance, c'est l'école nominaliste, ce qu'on appelle la seconde scolastique, en partie la scolastique espagnole mais aussi des auteurs comme Guillaume d'Ockham, par exemple, qui accentue cette perception individualiste puisque le fondement théorique de la pensée nominaliste, c'est qu'il n'y a pas d'être au delà de l'être singulier, ce qui disqualifie non seulement ceux qu'on appelle les Universaux au Moyen age mais également tout ce qui est au delà de l'individu : s'il n'y a pas d'être au delà de l’être singulier, cela veut dire que les peuples, les collectivités, les cultures n'ont qu'une apparence transitoire et non pas une réalité véritablement fondamentale.


DU DROIT SUBJECTIF...

Et c'est à ce moment là par ailleurs que le Droit se modifie considérablement, c'est à dire que l'on passe d'un droit naturel objectif à un Droit naturel subjectif. Le Droit à l'origine, c'est un rapport d'équité, le juge décide de ce qui revient à chacun, c'est le principe même du droit romain. Les droits ne sont pas à l'intérieur des individus, le droit c'est la discipline qui permet de statuer en toute équité sur ce qui revient à chacun des individus ou des groupes.
Il se trouve qu'au Moyen Age le Droit va trouver un inflexion décisive, d'abord il va être contaminer par la morale, essentiellement par la morale biblique, ce qui fait que les règles de droit vont glisser progressivement vers la règle morale; et en même temps le droit  va devenir non plus le résultat du travail du juriste mais un attribut de la personne humaine.


...AUX DROITS DE L'HOMME

Les droits c'est ce dont chacun est porteur, à la naissance en tant qu'il est un être humain. Et cette idée là va absolument inspirer le libéralisme, toute la théorie moderne des Droits d l'Homme repose sur cette idée que l'Homme est titulaire de droits qui résultent non pas d'une situation politique ou sociale,mais uniquement de sa simple existence, c'est à dire qu'il est porteur de droits, la société ayant pour but, et le pouvoir politique ayant pour objectif, de faire respecter et de garantir ces droits. 



Donc c'est un déplacement tout à fait fondamental:  encore une fois le droit n'est plus le résultat d'une activité qui est celle du juge, du juriste, mais c'est un attribut de la personne humaine, donc le droit devient subjectif, et évidemment cette subjectivité ne va cesser de grossir pendant toute la période moderne, que Heidegger décrit très justement comme un travail de la métaphysique de la subjectivité, c'est à dire que la subjectivité, individuelle en dernier ressort, ne va cesser d'être opposée à des considérations de l'ordre du politique ou du social.

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